TABLE RONDE "LAÏCITÉ"
Montpellier, vendredi 03/12/2004, "Le Corum"
Le vendredi 3 décembre 2.004 à Montpellier, au "Corum", a eu lieu une table-ronde intereligieuse (protestant, musulman, catholique) sur la laïcité, organisée par les paroisses catholique et protestante des ZUP de la ville. Ce texte est celui du P. Jacques TEISSIER, de Nimes, au nom de la communauté catholique. Il donne un visage à des perspectives que l'on retrouve dans le livret d'Arts-Cultures-Foi, "La Foi au cœur de la culture et des Arts" : tout particulièrement la nécessité de mettre à jour la dimension culturelle des questions pastorales si nous voulons les clarifier, et l'urgence du dialogue interculturel et interreligieux dans nos sociétés devenues durablement plurielles.
L'APPORT POSITIF DE CHAQUE CONFESSION
A LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE LAÏQUE
Le fond de tableau
J'ai souhaité intervenir en prélude parce qu'en France, la
laïcité est née en opposition à l'Église catholique
: historiquement, elle a été pour l’État le moyen
de s’émanciper de la tutelle de l'Église catholique, des
"curés" comme on disait à l'époque. Pour éclairer
notre présent et notre avenir, il me semble bon de nous resituer, brièvement,
dans l'histoire de la laïcité en France.
Les premiers signes
Cette laïcité était une vieille revendication. Déjà vers
1250, le roi de France Louis IX avait posé 2 actes de gouvernement qui
avaient soulevé de très vives protestations de la part des autorités
religieuses catholiques :
° d'une part, il avait légalisé les bordels : non pas parce
qu'il était pour la prostitution ! mais parce qu'il préférait
la contrôler et la limiter plutôt que de la laisser se développer
de manière anarchique ;
° d'autre part, il avait fait alliance avec la Turquie musulmane contre le "roi
très chrétien" (c'est l'expression de l'époque) d'Autriche,
car il pensait qu'ainsi les forces s'équilibreraient mieux en Europe et
que la guerre serait évitée.
Par ces deux gestes, il manifestait que les principes généraux
de la religion et de la morale ne lui suffisaient pas pour guider son action
politique : en tant que dirigeant politique, il lui fallait aussi analyser
lui-même les situations et discerner par lui-même le meilleur chemin
possible. L'étonnant, c'est que cette liberté, scandaleuse pour
l'époque, n'a pas empêché le roi Louis IX d'être
reconnu après sa mort par l'Église catholique comme "Saint
Louis"…
Le grand chambardement
Le processus de laïcisation de la société a duré un
siècle et demi. Elle ne s’est pas faite sans les difficultés
propres aux grandes ruptures.
Un nouveau chantier
Mais voici qu'au tournant du 3e millénaire, les grandes migrations de
l'ère post-coloniale bousculent un ordre si péniblement acquis
: des cultures et des religions venues d'ailleurs s'implantent sur le territoire
national sans avoir d'expérience de la laïcité ; personne
ne sait plus trop comment vivre sainement ce pluriculturel / plurireligieux.
Une nouvelle page s'ouvre. L'aventure continue… Je pense que c'est l'une
des raisons de notre rencontre de ce soir.
La source profonde du mouvement
Nous voyons ce qui s'est passé, mais quel en a été le
ressort profond ? D'où vient ce désir incoercible de s'émanciper
de la tutelle des religieux ? Cette source cachée est plus délicate à reconnaître
; elle est probablement multiple. Soulignons-en simplement un aspect majeur.
Au fil des siècles, on a vu s'affirmer le sens de la personne et de la liberté personnelle. L'individu ne se voit plus seulement comme membre d'une communauté humaine et religieuse, mais d'abord comme une personne avec sa liberté propre, et tout particulièrement avec sa liberté de conscience : en matière religieuse, philosophique, politique, en matière de valeurs morales, en matière de choix de vie comme l'orientation professionnelle ou le mariage… chacun veut décider lui-même. Cette revendication de liberté rendait de plus en plus insupportable la tutelle des religieux qui prétendaient diriger les pensées et les comportements des individus comme des gouvernants. Désormais, on veut décider par soi-même de ce qui vous concerne, et non plus être obligé de recevoir des consignes d'en haut. Cette revendication de la liberté de conscience n'a fait que se renforcer depuis un siècle…
Une révolution culturelle…
Pour saisir la portée immense du phénomène de la laïcité,
il faut se souvenir que toutes les cultures humaines connues ont des racines
religieuses. Jusqu'à l'époque moderne, les sociétés
laïques n'existent pas. Aussi loin que nous puissions remonter dans le
temps, toutes les sociétés humaines du monde et de l'histoire
des hommes se sont constituées sur des bases religieuses qui donnaient
du sens à ces sociétés et à leur environnement
naturel. Tous les récits mythologiques en témoignent. Plus proche
de nous, nous savons bien que, schématiquement, les cultures d'Extrême-Orient
sont profondément imprégnées de bouddhisme, que la culture
arabe est profondément imprégnée d'islam, que la culture
occidentale est profondément imprégnée de judéo-christianisme… bien
que le judaïsme et le christianisme viennent du Proche Orient comme l'islam!
Cela nous fait mieux voir l'évolution considérable dont la laïcité est
le fruit. Elle constitue dans l'histoire de l'humanité un bouleversement,
une véritable révolution culturelle : pas étonnant que
ce soit un chemin long, difficile et parfois douloureux!
Le droit
En pratique, que dit le droit au sujet de la laïcité ?
En France, la laïcité est un principe constitutionnel : «La
France est une république indivisible, laïque, démocratique
et sociale.» Mais, surprise: la laïcité ne relève
pas du droit international; elle est une sorte d'exception française… une
de plus ! D'où les incompréhensions internationales sur la fameuse
affaire du foulard. Ce qui relève du droit international, c'est
le droit à la liberté religieuse.
La déclaration universelle des droits de l’homme (article 18) et la convention européenne (article 9) visent clairement « la liberté de manifester sa religion, individuellement ou en commun tant en privé qu’en public », notamment par « des pratiques » et pas seulement par « des rites » (la citation étant celle de la convention europ&enne).
L'APPORT POSITIF DE LA RELIGION CATHOLIQUE
A LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE LAÏQUE
… et réciproquement !
J'ai ajouté au titre un "et réciproquement" parce que
je pense qu'une relation ne peut pas être saine quand elle est à sens
unique. Si nous pouvons apporter, c'est que nous avons aussi à recevoir
; si nous pouvons recevoir, c'est que nous avons aussi à apporter. Sinon
l'un est en supériorité et l'autre en infériorité,
la relation n'est pas égale, réciproque.
Ce que la laïcité nous apporte comme chrétiens
catholiques
Comme catholique contre qui la laïcité s'est établie, je
voudrais dire d'abord ce que cette laïcité à la française
nous a apporté et nous apporte toujours beaucoup.
L'histoire aime l'humour… celle de la laïcité n'en manque
pas. L'une des choses les plus étonnantes est que la revendication d'autonomie
du politique, de l'État, et par-dessus tout de la conscience personnelle,
ait été obligée de s'affirmer contre l'Église catholique,
contre les "curés" comme on disait à l'époque.
- C'est étonnant parce qu'historiquement, chez nous, l'Évangile
est le premier à avoir posé explicitement les bases de l'autonomie
du politique envers le religieux ; on connaît la célèbre
phrase de Jésus : "Ce qui est à César, rendez-le à César
; et ce qui est à Dieu, rendez-le à Dieu." La distinction
entre Dieu et César signifie qu'il appartient au politique (et non au
religieux) de gérer l’espace politique. Il aura fallu à peu
près 20 siècles pour que les mentalités intègrent
cette donnée en contradiction avec la culture archi-millénaire
de l'humanité ; et en plus il aura fallu une révolte contre le
pouvoir de l'Église qui pensait détenir le monopole des valeurs
et de l'autorité…
- C'est étonnant encore parce qu'historiquement, chez nous, l'Évangile
est le premier à avoir posé explicitement le primat absolu de
la conscience personnelle par rapport à la Loi, qu'il s'agisse de la
loi morale, religieuse ou civile.
[Voir le fameux chapitre 5 de l'évangile selon Saint Matthieu sur la Loi Nouvelle].
[Voir encore une belle parole de Jésus qui reconnaît, indirectement, la liberté de conscience comme une valeur divine. Il proclame solennellement : "Eh bien ! moi je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes." (Matthieu 5/44-45). Autrement dit, pour Jésus, Dieu donne à tous sans condition son soleil et sa pluie ; il ne fait pas de chantage religieux à l'homme ; il respecte sa conscience et ses choix, même quand l'homme choisit les chemins de la méchanceté ou de l'injustice, et même quand l'homme se dresse en ennemi de Dieu… C'est d'ailleurs au nom de ce principe que le pape Jean-Paul II s'est toujours opposé avec vigueur au blocus alimentaire et sanitaire de l'Irak qui entraînait, entre autres, la mort de milliers d'enfants...]
Il aura fallu à peu près 20 siècles pour que les mentalités intègrent ces données inédites dans la culture archi-millénaire de l'humanité ; et en plus, il aura fallu une révolte contre le pouvoir de l'Église catholique qui voulait détenir le monopole de la vérité…
Dans notre pays, on peut dire avec raison que la liberté de conscience et la laïcité ne sont pas étrangères à nos racines judéo-chrétiennes. L'humour, c'est que cet effet a surpris… même les chrétiens ! A tel point qu'il a dû s'affirmer d'abord contre la domination des catholiques. Et pour que l'Église contestée par la société s'aperçoive qu'en réalité elle était renvoyée à plus de fidélité à elle-même, il aura fallu deux bons siècles… L'humour, c'est aussi qu'en espérant abattre la religion, les anticléricaux lui ont rendu sans le vouloir le plus grand des services…
Cette histoire de la laïcité reste pour nous
une grande leçon. L'Église catholique voulait parfois imposer
de force ses valeurs et sa foi… Il aura fallu que les choses nous reviennent
de l'extérieur, et même en contestation virulente, par la société pour
que nous sachions les retrouver dans notre patrimoine spirituel… Nous
ne les avions pas bien intégrées.
C'est dire que Dieu peut nous adresser une parole, et même une bonne
correction, à travers les autres, même les athées et même
les antireligieux. La vérité de Dieu ne nous appartient pas.
Nous la servons, mais nous ne la possédons pas. Elle peut se dire aussi
ailleurs que 'chez nous'.
Pour nous, chrétiens, du point de vue de notre foi, c'est cela qui fonde
d'une part la légitimité de la laïcité, et d'autre
part la possibilité d'un vrai dialogue, réciproque, avec tous
les hommes et avec toutes les religions. La laïcité nous rappelle
en permanence que Dieu agit aussi "ailleurs" et que nous ne le possédons
pas ; ce n'est pas une mauvaise chose pour nous car la tentation de se faire
dominatrice et de mettre la main sur les consciences est une tentation permanente
de toute religion, l'histoire le montre. La laïcité est comme une
rambarde de sécurité qui prévient les risques de dérapage
totalitaire de la religion.
Le croyant attend que la société laïque garantisse, à lui-même
mais aussi aux autres, liberté de conscience et liberté religieuse
dans ses choix. Quant au croyant "autrement" que sous une forme religieuse
(il nous est impossible de vivre sans 'croire' en quelque chose…), il
peut trouver dans la laïcité une protection de son droit à la
non-foi religieuse. Et dans certains cas, le croyant peut même trouver
dans la laïcité une protection vis-à-vis de sa propre religion,
au cas où elle chercherait à lui imposer quelque chose de force.
Aujourd'hui, en France, l'Église catholique vit paisiblement la laïcité comme
un "plus". Elle ne nous gêne pas religieusement, au contraire.
Ce que le christianisme catholique apporte à la laïcité
Fondamentalement, la laïcité est l’organisation de l’espace
qui rend possible un vivre ensemble dans le respect de tous et de chacun. Mais
la rencontre, au sein de la même société, de cultures et
de religions venues des quatre coins du monde et n'ayant pas forcément
l'expérience de la laïcité ne va pas de soi. Des crispations
se produisent, chez tous, y compris chez les laïques : la malheureuse
affaire de la loi sur le "voile" en est une belle illustration !
De plus, dans toutes les religions et dans tous les pays, certains courants
religieux ont tendance à se faire propriétaires de la vérité et à vouloir
l'imposer aux autres, même par la force… Dans ce contexte, l'Église
catholique peut apporter à la laïcité à la fois une
reconnaissance, un renfort, une interpellation et une invitation à la
nouveauté.
Une reconnaissance
Les chrétiens croient que «la vérité ne s’impose
que par la force de la vérité elle-même qui pénètre
l’esprit avec autant de douceur que de puissance.»(Déclaration
du concile Vatican II sur : « La liberté religieuse » (7
décembre 1965), §1). La laïcité aussi bien
que la foi chrétienne font obligation de ne pas porter atteinte à la
conscience de qui que ce soit. L'Église catholique ne peut qu'en jouer
le jeu et, en cela, la reconnaître, au besoin la soutenir, voire la défendre.
Elle a pour cela plusieurs moyens :
- D'une part elle peut témoigner au nom de son histoire que les religions n'ont rien à craindre de la laïcité, même s'il peut arriver que les relations soient conflictuelles à certains moments : cela peut rassurer ceux qui seraient inquiets… et parfois elle-même !
- Ensuite, elle peut mettre son autorité morale en jeu pour affirmer que rien, pas même une référence religieuse, ne peut justifier le viol d'une conscience ; par là elle témoigne de l'extraordinaire dignité de la personne humaine en qui brille le reflet de Dieu quoi qu'il puisse arriver. On reproche, à juste titre, à l'Église les croisades et l'inquisition ?… elle n'en est que plus à l'aise pour dire et redire, à temps et à contretemps, que l'usage de la force contre les consciences est une fausse piste, une fausse piste absolue ! Elle l'a appris aussi de ses propres erreurs historiques.
Un renfort
Au nom de sa foi, grâce à sa propre expérience millénaire,
grâce à son histoire mouvementée au sein de la société française,
l'Église catholique peut encore apporter une pierre précieuse
pour la construction de la société pluriculturelle et plurireligieuse
qui est en train de s'établir chez nous, et probablement sur toute la
planète. Certes, nous n'avons pas de réponse toute faite à ces
défis, car la situation est aussi inédite pour nous que pour
tout le monde. En ce sens, l'Église catholique est démunie ;
et elle le reconnaît volontiers. Mais dans son expérience spirituelle
et sa foi, elle a longuement médité sur le dialogue d’amour
que Dieu a établi avec l’humanité depuis les origines.
Elle a éprouvé la grandeur de ce mystère. «L’enfant
y a accès, le mystique s’y épuise»(Paul
VI Ecclesiam suam n° 72), comme disait le pape
Paul VI dans les années 60. Elle sait que si le dialogue a une origine
transcendante (je veux dire : s'il a son origine en Dieu, dans l'attitude de
Dieu envers tous les hommes), alors le dialogue restera pour toujours un chemin
privilégié dans la vie de la société, et aujourd'hui
tout particulièrement pour la rencontre quotidienne des cultures et
des religions au sein de notre pays.
Ce dialogue entraîne l'Église dans l'aventure même de notre
monde ébranlé ; elle ne sait pas d'avance où cela va la
conduire. Mais elle sait que Dieu est déjà mystérieusement
en dialogue avec ce monde, et qu'en servant le dialogue entre les personnes,
entre les cultures et entre les religions, elle marche sur des chemins de vie.
L'apport de l'Église catholique (et probablement de tous les chrétiens
!) à la laïcité dans notre nouveau contexte pluriculturel
et plurireligieux, c'est cette indéracinable conviction que seul le
dialogue est porteur d'avenir. C'est pourquoi, en particulier, elle s'attache
de plus en plus au dialogue intereligieux : dans l'histoire, les religions
ont trop été facteur de violence et de guerre, cela doit cesser.
C'est pourquoi aussi les lieux où des croyants de diverses confessions
travaillent ensemble pour le bien de tous (que ce soit dans des institutions
confessionnelles ou dans des institutions de la société) sont
un signe important.
Une interpellation
Je pense que l'Église catholique peut encore, pour sa part, apporter
quelque chose d'important à la société laïque qui
est la notre en contribuant à faire évoluer une vision de la
laïcité.
La laïcité est un cadre juridique qui organise
les relations des religions et du politique. Dans une société donnée,
ce cadre permet de veiller à ce que toutes les opinions et toutes les
croyances puissent être respectées et s’exprimer. Profondément,
par nature, contrairement à l'image que l'on s'en fait souvent, la laïcité n’est
ni anticléricale ni antireligieuse ! Ce serait sa négation même
: puisque ce serait prendre parti sur des réalités où elle
s'estime incompétente…
En 1912, le poète Charles Péguy disait "Nous naviguons
entre deux bandes de curés: les curés laïques et les curés
ecclésiastiques"(Juin 1912, cf. Pléiade Tome 3, p.668) :
la naissance conflictuelle de la laïcité a engendré des "curés
laïques" anticléricaux et antireligieux. Ce n'est pas complètement
fini. Il y a encore aujourd'hui des gens qui, pour des raisons diverses, voudraient,
au nom de la laïcité, écarter complètement les religions
du champ social, de l'espace public, du débat démocratique. Ils
feraient ainsi de la laïcité une véritable "religion",
et même une religion qui exclurait toutes les autres.
Eh bien par sa seule existence, par son impact moral et social, au besoin par
sa résistance, l'Église catholique peut contribuer, pour sa part, à rappeler à la
laïcité son incompétence en matière religieuse et
l'empêcher de devenir une sorte de religion.
Pour ma part, je trouve assez amusant et sain que, par certains aspect et à certains
moments, la laïcité et la religion soient un peu les gardiennes
l'une de l'autre !…
Une invitation à la nouveauté
La laïcité n'est pas que juridique. Elle est aussi un état
d’esprit et une valeur. Au cours des années, elle a déjà évolué.
Elle est passée d’une laïcité de combat contre
la religion aux origines, à une laïcité d’abstention qui évitait
de se mêler de toute question philosophique ou religieuse. Régis
Debray, ancien militant international de Fidel Castro et de "Che" Guevarra,
personnellement non croyant en Dieu, appelle de ses vœux le passage de
cette laïcité "d’incompétence" à une laïcité "d’intelligence".
Pour lui, la laïcité ne peut pas rejeter la religion en dehors
de l’espace public sans porter atteinte à la foi de croyants qui
entendent habiter cet espace public avec toutes leurs convictions et qui ne
voient pas pourquoi ils seraient les seuls à ne pas pouvoir s’exprimer,
en tant que tels, dans le débat démocratique. Si même les
pêcheurs à la ligne et les joueurs de boules peuvent s'exprimer
(ce qui est bien normal), pourquoi les croyants, eux, ne le pourraient-ils
pas !
Aujourd'hui, la laïcité me semble appelée à devenir
résolument positive. Par là je veux dire : non
seulement ne pas ignorer l'existence des religions… non seulement ne
pas empêcher l'expression de toutes les opinions philosophiques et religieuses
dans l'espace public… mais en plus veiller positivement à ce qu'elles
puissent effectivement s’exprimer dans l'espace public et contribuer
par là au débat démocratique (à la condition, bien
sûr, de respecter l'expression des autres et de ne pas perturber l’ordre
public)… et encore veiller positivement à l'existence d'un espace
inter religieux, c'est-à-dire d'un espace où les
religions puissent se rencontrer et dialoguer plutôt que de s'ignorer
ou de se combattre ou encore de se faire instrumentaliser dans des combats
qui ne sont pas les leurs.
L'État laïque n'a pas vocation à intervenir dans la vie
ni dans l'évolution des religions ; il n'en a ni les compétences
ni le savoir-faire. Mais aujourd’hui, il me semble que le croyant attend
de la laïcité qu’elle garantisse à la fois : la liberté religieuse
des autres, la sienne, et l’espace inter religieux c'est-à-dire
l'espace où les religions puissent se rencontrer et dialoguer.
Pour cela, il faut que la laïcité à la française accepte de sortir de ses crispations historiques : c'est l'invitation que je lui adresse, en ayant conscience non pas de la dénaturer mais au contraire de faire appel au meilleur d'elle-même.
On notera que les trois confessions se sont bien retrouvées sur
trois points : le sentiment de certaines tendances au raidissement dans la laïcité
à la française, la volonté que toutes les religions puissent
s'exprimer dans l'espace public et la nécessité d'un dialogue
interreligieux serein et vrai.
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